Montmailler Stephane
artiste plasticien

MON BEL ORANGER de José Vasconcelos

Pour la Compagnie ONDES DE CHOK

 

mon bel flyfly-verso

Mon Bel oranger.

Note d’intentions de mise en scène et de scénographie.

Pourquoi aborder un tel roman au théâtre?

D’abord parce qu’il s’agit d’un de nos premiers souvenirs de lecture. Il faisait partie de la liste des ouvrages recommandés par l’éducation Nationale dans les années 80, mais, au delà du «Proustien», c’est surtout parce que pour la plupart d’entre nous,  nous en gardons le même souvenir, avouons-le: il nous fait chialer comme des madeleines!
On s’est tous identifiés à ce petit Zézé. Il nous a arraché des larmes de rires par ses pitreries, des larmes d’émotion et de tendresse, des larmes de colère contre l’injustice et la violence, des larmes de compassion et d’empathie enfin, envers cet enfant facécieux et curieux, sensible, mêlant un esprit vif et une naiveté touchante .
Mais c’est surtout l’imaginaire qui fait de Zézé un être singulier, capable de transformer une réalité sordide par sa faculté à voir et à donner à voir la poésie du monde. Car derrière Zézé, c’est dejà le poète José Vasconcellos qui apparaît. La force de mon bel oranger c’est de mêler un enfant de 5 ans qui nous parle, et un homme accompli, poète, qui se souvient.

L’adaptation du roman et les partis-pris de mise en scène.

Ce roman est un texte relativement long. L’adaptation pour le théâtre a necessité de nombreuses coupes dans le texte.
Avant tout, essayer de ne pas trahir :
Nous avons cherché à conserver au maximum sa dimension onirique et poétique , à preserver la fluidité et l’enchainement de l’histoire, sa progression, ses thématiques fortes : passage de l’enfance à l’adolescence, évasion de la réalité sordide par le rêve et l’imagination, l’apprentissage de la douceur et de l’amitié, confrontation avec la mort et l’injustice…

Le choix d’un seul comédien.

Mon bel oranger fourmille de personnages aussi divers que bigarrés. Ils composent le monde quotidien de Zézé : on y croise la fratrerie, nombreuse et très hierarchisée, tantot hostile (Totoca , Jandira), tantot réconfortante (la grande soeur Gloria, le roi Luis, partenaire de jeu et premier public de Zézé ), des personnages positifs et attendrissants ( l’oncle Edmundo, l’institutrice, et bien sûr le Portugais) , La figure du Père, dure, injuste et lointaine, la mère effacée et dépassée, des personnages hauts en couleur et folkloriques (Le chanteur de rue, la dame patronnesse,d’autres plus annecdotiques comme le patron du « misère et famine », le portier du casino, le choeur des voisins ou des passants… sans oublier le confident : son bel oranger… une distribution conséquente !

Notre choix s’est porté sur le parti pris d’un seul comédien qui va interpréter et faire vivre l’ensemble des personnages en usant de tous les artifices de jeu envisageables, et de tous les accessoires à sa disposition.
Tout repose alors sur Le comédien qui doit jouer une véritable partition: passer de la narration au dialogue, jouer différents personnages en transformant sa voix ou ses attitudes… acteur, il devient aussi manipulateur d’objet, marionettiste, conteur, transformiste au point qu’on oublie que le petit Zézé, 5 ans est interprété par un comédien adulte…
C’est aussi lui qui va au fil de l’ histoire faire évoluer les décors et transformer physiquement son « terrain de jeu ».
Zézé au cœur de l’histoire.
Il est tour à tour le narrateur, le sujet principal et l’interprète d’une histoire qu’il vit devant nous.
Le va et vient est permanent entre le présent du petit garçon et les souvenirs qu’il ravive, et permet d’ alterner les modes narratifs en fonction des protagonistes et des situations.
Toutes ses contraintes imposées participent au rythme et entretiennent la dynamique de l’histoire.

La scénographie  été pensée pour répondre aux exigences conjuguées de réalisme, de poésie, et d’imaginaire, et ainsi respecter l’esprit et l’ambiance du roman. Nous avons opté pour un univers sobre et réaliste mais qui agisse comme un véritable décors à tiroirs, cachant une source d’accessoires pour le comédien et de surprises pour le spectateur. Les espaces vont se moduler ou changer de fonction au fur et à mesure de l’avancée du récit.

Un lieu unique propice à la métamorphose :

C’est avec José Mauro de Vasconcellos, poète reconnu et renommé de 48 ans que débute l’histoire.

Il revient sur les lieux de son enfance , se souvient, et interpelle son passé.

Il redevient le petit Zézé qui rêve à 5 ans de devenir Savant et poète et de porter un nœud papillon.

Nous avons imaginé l’espace de jeu comme l’arrière cour abandonnée d’une maison pauvre dans un bidonville brésilien. Le poète retrouve le cadre de son enfance, vieilli mais inchangé et : un vieux poulailler servant de remise à outil, un tas de gravas abandonné dans un coin attendant d’être brulé, une vieille palissade servant de frontière avec le verger convoité des voisins.

En fouillant dans les vestiges, des éléments du passé vont ressurgir et entrainer le poète dans un retour vers son enfance. Dès lors, oublié le poète, c’est Zézé qui apparaît.

La cour abandonnée reprend vie, le poulailler est de nouveau habité.

C’est le terrain de jeu de Zézé, et il le transforme à sa guise , le vieux pneu devient la balancoire de la cour d’ecole, puis la voiture du portugais… le poulailler : un jardin zoologique, ou l’épicerie du village, le fauteuil abandonné, affublé d’un chapeau figure le père… quant à Minghino, l’oranger, personnage à part , il surgit de la palissade. Les personnages aussi se cachent dans cette page apparement vide et dénudée. Une vieille palette ? Elle abrite la marionnette du petit Luis , les débris de cagette ? Ils deviennent des soldats de plomb, quant à la palissade, elle réserve encore bien d’autres surprises…

L ‘élément de base de ce décor, mais aussi son « nombre d’or » est la volige de sapin brut, conjuguée sous toutes les formes.